T’as pas 99 francs et un mars ?
Ou comment vous briefer pour draguer dans la publicité.
Pour séduire en agence de pub, mieux vaut bien se connaître. Commençons donc par un modèle de présentation (en guise de prototype, votre serviteur).
1. Je présente bien.
Je me présente, mon nom est Patapon.
Comme vous, je suis à vendre. Ce billet est le support de ma promotion.
Positionnement : Le garçon le plus unique du monde
Description : Pur Produit Parisien mais Présentant la
Particularité d'avoir été élevé au vert, dans la banlieue charmante et
sans histoire du 92. Socialement intégré, a suivi un parcours atypique.
Première feuille de salaire à 3 mois, premier jour d'école à 5 ans,
dernier à 21 ans, sans interruptions ni passages par la drogue.
Activité extra scolaires marquées par leur aspect unipersonnel : Jeux
seuls, sports individuels, aime à croire qu'il est incompris, généreux
par égoïsme.
Epanoui en couple (hétéro-compatible), sensible à l'art, parfois
amusant, capable de libre-arbitre et de sentiments, Patapon est un ami
moderne, séduisant et accessible pour tous. idéal !
En cas de nervosité ou prise de conscience de sa condition, le produit
peut devenir dangereux, laissez reposer Patapon 12 heures et il
reprendra son activité normale.
P comme Place
Patapon est distribué librement (dans la limite des stocks disponibles)
en île de France. Son canal de distribution est une mini. (disponible
depuis peu en volvo)
P comme Promotion
Patapon bénéficie d'une couverture pluri-média internationale à son
lancement (Campagnes TV, Presse, Affichage pour l'enfant), et
aujourd'hui principalement hors média France (Internet via MSN, Gtalk
ou iChat, Quelques apparitions en écoles, collège, Lycée, Ecole de
commerce, Restaurants, Clubs, représentations sportives, fêtes de la
saucisse...). Son territoire de communication est (par chance) le
naturel.
P comme Prix
Patapon ne vous coûte que la réciproque de sa promesse : Accordez lui
votre Confiance, votre temps, votre sincérité et votre amour
(facultatif).
Ensuite, il faut identifier son marché. Ici, une agence de publicité étoilée et plutôt cotée.
2. Tu dois maîtriser ton environnement.
« Travailler chez nous, ça rend beau » CC, Directeur de création, avril 2007.
Une agence de publicité est une entreprise, à la différence près qu’elle regorge de canons. Mais dans la publicité on aime bien brouiller les pistes, appelons les donc ces canons des créa, pour créatures.
Ces créas arrivent vers 10h30 le matin. La créa ne se dévoile pas immédiatement, elle reste intouchable pendant une bonne partie de la matinée (iPod sur les oreilles, café bouillant dans une main, magazine trendy dans l’autre). Inutile de prendre une créa avec soi à l’heure du déjeuner car dans la publicité, personne ne déjeune pendant l’heure du déjeuner. Non, l’heure du déjeuner sert à faire des courses, à fumer des clopes et à préparer ses vacances. Il sera toujours temps de commander des sushis plus tard dans l’après midi.
Vraiment, le moment choisi par la créa pour se dévoiler, c’est le
moment ou votre degré d’excitation sera à votre maximum. Après quelques
passades devant votre bureau, elle finira bien par vous adresser la
parole.
Attention, adresser la parole dans la publicité, c’est être caustique et mesquin.
« Salut toi, tu es nouveau », BH, Directrice Artistique, Septembre 2007 (j’ai un an de boite et elle le sait très bien)
Prenez l’attaque avec le sourire. Un retour négatif de votre part provoquant chez la créa une haine illimitée (soir et week-end compris) à votre égard. Si au contraire vous appréciez sa prise de parole, la créa sera flatée.
« Il faut toujours commencer par flatter la créa », CL, chef de pub, juillet 2007
Pour calibrer votre réponse, vous devez avoir une reason why. En agence de pub les gens ont différentes reason why…
« Travailler avec de (vrais) artistes c’est ma reason why » JF, concepteur rédacteur, janvier 2007
La drague, c’est ma reason why.
3. Il te faut trouver le bon endroit pour lier des amitiés (l’amitié dans la publicité, c’est un large concept)
Dans une boite normale, le lieu pour lier, c’est la relieuse ou la machine à café.
Dans la publicité, la relieuse est le repère des stagiaires et la
machine à café n’est pas un endroit sûr pour parler, à tout moment, tu
peux te prendre une balle dans la tête (une balle de baby foot je vous
rassure).
Non, dans la publicité, le lieu pour lier, c’est la soirée.
« Ghislaine, t’es charrette ce soir ? », GS, Chef de groupe, mars 2007
Il y a donc la soirée où tu bosses dur car tu as rien foutu pendant trois semaines et la dead line (pas la blanche) a fini par arriver. Cette soirée là, ce n’est pas la soirée pour « closer ». C’est vraiment la soirée pour bosser, impressionner ta créa, et avec un peu de chance se faire offrir un BAT (bon à tirer).
La soirée pour « closer », c’est plutôt le pot de départ, ou la soirée agence (minimum une par semaine). Finalement dans la publicité on n’est pas bien différents, on close grâce à l’alcool. La différence, c’est qu’après, on se remet à bosser.
4. Nous avons les moyens de vous faire parler.
Dans la publicité, la chasse aux ragots est la première cause de perte
de productivité. Le lendemain, le mieux, c’est de prétexter que tu as
tout oublié. A moins que les photos les plus indélicates circulent sur
le forum interne de la boite, il y a de grande chance que ta créa ne se
souvienne même pas de toi …
« Salut toi, tu es nouveau », BH, Directrice Artistique, Octobre 2007
Et sinon, n’allez pas voir 99 francs, enfin en tout cas moi j’ai pas aimé, je devais écrire dessus, mais j’ai décidé de challenger le brief.

très très bon cet article...
Rédigé par: bat man | le 02 octobre 2007 à 11:22
Il déchaine les passions c'est clair !
Rédigé par: Patapon | le 02 octobre 2007 à 11:24
moi vu l'effet que m'avait fait le livre à l'époque, je crois que je paierais pas pour voir le film. D'ailleurs je sais même pas comment j'avais réussi à me forcer à lire la fin du livre.
Rédigé par: Tatiana | le 02 octobre 2007 à 11:37
Ca me fait un peu penser à la chanson de Gainsbourg "la recette de l'amour fou".
Cela dit, c'est bien vu :)
Rédigé par: greg | le 02 octobre 2007 à 11:49
OMGWTFBBQ!!!11
Rédigé par: 1'6h7 my 633k | le 02 octobre 2007 à 11:58
La description elle est non contractuelle ou bien ? Non parce qu'on peut très vite tomber dans la publicité mensongère.
Et sinon depuis le temps que je dis que Beigbeder c'est de la m**** !
Rédigé par: So Long | le 02 octobre 2007 à 12:30
ça m'amuserait (le job) mais je pourrais pas bosser là dedans (les DC et TDC's)
Rédigé par: Brg | le 02 octobre 2007 à 12:30
Tatiana > Et bien moi pourtant le bouquin, il m'avait bien plu (et beigbeder en général, il me plait bien).
1'6h7 my 633k > WTH !
So long > Tout est vrai, tu sais la pub c'est très surveillé...
Rédigé par: Patapon | le 02 octobre 2007 à 12:34
Les ragotages et les agences de pub, une grande histoire d'amour je confirme !!
Bon j'vous laisse je suis charette ;)
Rédigé par: Manue | le 02 octobre 2007 à 12:58
Je suis toujours okay pour etre enchainée a ton radiateur :p
Rédigé par: Asia | le 02 octobre 2007 à 13:03
faut dire aussi qu'à l'époque j'étais complètement allergique à la pub et tout ce qui s'y raporte. Je comprenais pas trop l'intérêt de faire un bouquin hyper provoque comme ca.
Beigbeder j'ai pas trop d'opinion dessus. Faudrait que je lise d'autres de ses livres je crois. Je l'avais vu en interview et pour le coup là on voit que c'est un pec pas con quand meme.
Rédigé par: Tatiana | le 02 octobre 2007 à 13:06
Asia > Tu as un sursis, je m'envole pour NY dans deux heures (ooh comme il se la raconte...)
Rédigé par: Patapon | le 02 octobre 2007 à 13:08
Ben moi j'aime bien Beigbeder, meme si ce n'est pas forcement le propos de cet article
Rédigé par: esquimau | le 02 octobre 2007 à 13:08
Tu aurais dû dire dans ton descriptif que tu partais à NY, ça envoie du rêve pour les nanas accro à Sex and the city que nous sommes toutes. Joue la carte du mec international ! C toi qui bosses dans la pub ou moi?? ;)
Tu devrais faire un roman de ton boulot, dear, un mix entre le diable s'habille en Prada et le blog de Max. Ou une série à épisodes pour le blog.
Rédigé par: Nina | le 02 octobre 2007 à 14:21
Excellent article... Drôle, bien écrit, belle structure.
"Et il existe des livraisons à domicile du produit? (bah quoi)" AB, serveuse, octobre 2007.
PS: Tu te la pètes grave avec NY :p
Rédigé par: *lys* | le 02 octobre 2007 à 14:26
Tu fais dans le recyclage maintenant ? J'ai déjà lu ça quelque part...
Rédigé par: Chipolata | le 02 octobre 2007 à 15:37
Dans la publicité on est formés pour décliner sur plusieurs supports, et puis après tout j'ai le droit d'adapter mes textes comme bon me semble hein!
Rédigé par: patapon | le 02 octobre 2007 à 15:58
@ Patapon : Oui certes c'est très surveillé, mais je suis du genre à me faire avoir par le bonus dolus du vendeur, alors je préfère demander, je me dis que mon air naïve forcera mon interlocuteur à dire la vérité.
Donc j'en prendrai un, mais c'est pour offrir... Vous faites un paquet ?
Rédigé par: So Long | le 02 octobre 2007 à 16:53
Argg c bete, je devais aller le voir demain soir... ba j'irais quand même!
Rédigé par: Shaya | le 02 octobre 2007 à 17:11
Tu veux l'offrir à quoi Solong???
Rédigé par: Nina | le 02 octobre 2007 à 18:19
@ Nina : ben je me dis que c'est bientôt mon anniversaire, donc je pensais me l'offrir à moi-même, mais j'ai peur que le vendeur me prenne pour une désespérée, alors je fais croire que c'est pour offrir.
Ne me dites pas que je suis la seule à faire ça...
Rédigé par: So Long | le 02 octobre 2007 à 18:25
@ So long : on est obligée de répondre? ;-)
Rédigé par: Shaya | le 02 octobre 2007 à 21:38
je suis d'accord av toi sur 99F... j'ai tellement peu aimé que j'ai pas eu envie d'en parler...
juste puor dire ce peu: ya 8 ans, ca devait etre revolutionnaire comme livre (et ca l'a un peu été) mais la, ca fait vraiment redite, coté évident...
Rédigé par: KC | le 03 octobre 2007 à 00:04
Trop bien la description du milieu de la pub'... on s'y croirait! Du coup je comprends pas bien que tu n'aies pas aimé 99F. Je n'avais pas lu le livre parce que les aptitudes littéraires de B. me semblent bien pauvres mais j'ai adoré le film. Le cardage, la lumière, le côté excessif de la vision, le jeu de Dujardin. C'était quoi, pour toi, qui n'allait pas?
Rédigé par: Seren | le 03 octobre 2007 à 10:01
@patapon :
Je pensais que le lectorat de Beigbeder était majoritairement composé de bobos et autres bourgeois tout court un peu en désaccord avec leur "être", mais en fait les bobos, les pubistes et tous les connards de la place parisienne lui chient dessus!
Ca me rassure sur mes goûts personnels (littéraires et cinématographiques).
Rédigé par: 1'6h7 my 633k | le 03 octobre 2007 à 10:06
Bon article, comme d'hab', mais - avis personnel - je souhaite nuancer : le film n'est pas si horrible..
Etonnament, il ne valorise ni la pub, ni la drogue, ni les hommes. Juste donc !
Rédigé par: isia | le 03 octobre 2007 à 15:58
Seren > Pour moi ça ne vaut pas la peine de parler du film. Ca lui ferait de la pub.
Mais puisque tu me demande, je n'ai pas aimé :
Dujardin
Les dialogues
La photo
La caricature
la longueur
le manque de cynisme
les raccourcis.
J'ai aimé 2 personages :
La tv prod
le DA.
Bise.
Rédigé par: Patapon | le 04 octobre 2007 à 02:36
ah oui et sinon je me suis acheté un pull aujourd'hui.
Rédigé par: Patapon | le 04 octobre 2007 à 02:37
le bouquin était déjà naze, y avait peu de chances que ça donne un film fabuleux...
Rédigé par: Joëlle | le 06 octobre 2007 à 09:03