De l’art de négocier le virage – Part 04, la suite
La suite d'hier...
Le transfert interminable
Lors d’une petite soirée, vous avez reluqué Bérénice pendant des heures pour enfin lui parler, et finalement, l’emmener à l’écart sur le balcon pour lui raconter la magie insondable de l’univers en pointant du doigt la grande ourse et conclure par un non moins insondable « On n’est pas grand-chose, quand même ». Bref, vous l’embrassez.
Vous vous tournez autour toute la soirée, vous vous roulez des pelles de temps en temps, mais pas devant tout monde quand même, sinon, c’est l’affiche. Ne voulant pas trop la brusquer, vous ne lui proposez pas d’écourter la soirée, et vous attendez patiemment des signes de fatigue de sa part pour vous précipiter dans la brèche et lui proposer de la raccompagner. La grande question fatidique de la soirée tombe alors comme un couperet.
Chez vous ou chez elle ? Plusieurs réponses possible :
- Toi chez toi et moi chez moi
Ce qui à le mérite d’être très clair. Vous êtes fixé.
- Chez toi (Très rare)
- Chez moi (Encore plus rare. Si jamais ça ne se déroule pas super bien, ça la ferait chier que vous connaissiez son adresse).
Ce qui a aussi le mérite d’être très clair. Vous êtes fixé.
- On verra
La plus répandue. Elle ne dit pas oui, elle ne dit pas non.
Ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’elle ne dit pas non.
Ici commence le vrai transfert. La règle N°1, c’est qu’il doit être fluide, sans anicroches. Tout doit couler, tout doit s’enchaîner comme si le destin s’en mêlait un peu. Tout le monde a eu au moins une fois dans sa vie cette expérience de la place de parking libre juste devant la porte de chez vous alors qu’il est normalement impossible de se garer dans ce putain de quartier. Il ne faut pas se mentir : ce genre d’enchaînements divinement hasardeux favorisent énormément le découlement du reste de la soirée.
Bref, vous sortez de la soirée. Comme vous êtes un gars bien, vous avez, soit une voiture, soit un scooter et deux casques. Attention toutefois à la dose d’alcool dans le sang. Un contrôle de police a le grand désavantage de briser la magie de l’instant, surtout en scooter. Laisser votre demoiselle congelée, sautillante dans la nuit alors que vous êtes en train de vous faire aligner par un homme en uniforme, ce n’est pas très glamour. Pour peu que vous vous fassiez embarquer en cellule de dégrisement, vous avez juste complètement foiré votre transfert. Si vous êtes un vrai bobo (ou pas), le vélib’ (ou Vélo'V, Vélo Jaune, Le Vélo …) est parfait, surtout s’il fait bon. Cette petite touche de romantisme urbain devrait illuminer le trajet. Attention toutefois au plan galère de la borne complète à l’arrivée. C’est un coup à tourner en rond pendant des plombes. Le transfert en transport en commun manque un peu de charme et d’intimité mais a l’avantage de vous amener d’un point A à un point B, sans problème de borne complète ni de contrôle d’alcoolémie.
Vous voilà donc tous les deux, côte à côte, sans forcément discuter. Chacun y va de sa petite pensée. Pour le garçon c’est assez simple, inutile de vous faire un dessin. Pour la fille, on pourrait espérer que c’est aussi simple, mais c’est rarement le cas. Le mieux, c’est de combler un maximum par de l’humour, de la légèreté. Vous pouvez la surprendre en vous arrêtant soudainement dans une rue, de préférence très chic, avec de la verdure et des beaux immeubles haussmanniens, et fantasmer sur d’immenses appartements éclairés pour ensuite l’embrasser tendrement. C’est cliché, mais ça fait toujours plaisir.
Finalement, en cours de chemin, elle vous lâche du bout des lèvres
qu’elle n’a pas envie de dormir seule et que comme vous n’habitez pas
très loin… Victoire !
Un doute vous étreint tout d’un coup : Dans quel état est l’appartement
? Pas question de l’accueillir dans votre taudis de mec bordélique et
célibataire. Pourtant, à bien y réfléchir, la dernière image que vous
avez de votre nid douillet ressemble plus à un dépotoir qu’à une
chambre du Georges V. Ne parlons pas des draps, que vous n’avez pas
changés depuis deux mois et qui refoule une odeur caractéristique de
mâle négligé. Il va falloir la jouer fine.
Une fois dans l’immeuble, vous prenez l’ascenseur. Quelle délicieuse situation que celle de deux êtres se regardant dans le blanc des yeux, attendant que la cabine monte les étages, et qui savent pertinemment ce qui va se passer dans les heures qui suivent. Il n’y a plus qu’à rajouter une musique d’ascenseur pour la petite touche de kitch.
Une fois devant la porte, deux options. Soit votre appartement est un
modèle de propreté, soit il est juste dégueulasse. Dans le premier cas,
vous l’accueillez comme un prince en lui disant de faire comme chez
elle. Dans le deuxième cas, vous lui demandez poliment d’attendre deux
secondes, avec un énorme sourire trahissant votre statut de mec normal,
et donc, par conséquent, bordélique.
En repoussant la porte, le spectacle qui s’offre à vous est juste
effrayant. C’est Bagdad. Il y en a partout. Avec, en prime, une douce
odeur de graillon. Le bonheur. Une petite goutte de sueur perle sur
votre tempe. Un grand sentiment de solitude vous envahit.
De toute votre vie, vous n’avez jamais été aussi efficace dans le
ménage. Comme dans les studios de Bollywood, vous planquez toutes vos
affaires derrière les meubles, le canapé. Vous ouvrez la fenêtre en
grand, vous aspergez un peu de désodorisant, vous passez un coup
d‘éponge sur la table basse. De temps en temps, vous lancez un «
J’arrive, bouge pas » ou « deux secondes, j’arrive ». La demoiselle est
amusée par cette soudaine agitation de votre part et pointe le bout de
son nez à travers l’ouverture de la porte pour vous observer vous
démener pour elle. Attention toutefois, ce ménage de dernière minute ne
peut pas tout masquer. C’est précisément à cet instant que vous vous
dites qu’encore une fois votre petite maman a raison à chaque fois
qu’elle passe chez vous et vous assène un « Il faudrait quand même que
tu fasses un peu de rangement, chez toi. Ce n’est vraiment pas comme ça
que je t’ai éduqué ». Je sais maman, je sais.
Le salon semble à peu près clean. Petit détour dans la chambre.
Secouage de couette, aplatissement des plis du drap, vidange du
cendrier plein à craquer sur la table de nuit. Au moment où vous vous
dirigez vers la porte pour accueillir votre invitée, un éclair de
lucidité vous pousse à vérifier la salle de bain. Et heureusement, car
cette vilaine trace de ski au fond de la cuvette n’aurait pas eu le
meilleur effet.
Vous ouvrez enfin la porte en grand. Bérénice a un large sourire. Elle va pouvoir juger de vos compétences en terme de prestidigitation.
La suite des évènements est ensuite assez classique. Il ne faut pas très longtemps pour vous vous sautiez dessus comme des animaux. Il est aussi possible d’enchaîner un transfert interminable avec un transfert séparé.
Prochain épisode : L’effeuillage
To be continued…





















Et bien moi je conseille quand même le transfert en tram, même si c'est pas le plus intime et romantique au départ, ca peut le devenir, surtout si c'est le dernier tram en circulation, qu'il ya plein de monde et aucune place assise parce que c'est dans vos bras protecteurs que va se réfugier la dame!
Sinon vous devriez toujours maintenir votre appart' a un état minimum de propreté parce que le ménage de dernière minute...loin d'etre top!
Rédigé par: shaya | le 24 octobre 2007 à 07:27
si on calcule, la miss a tout de meme attendu 15 minutes dans la cage d'escalier... hum... y a pas de quoi casser un peu l'ambiance ? :-p
Rédigé par: TicTac | le 24 octobre 2007 à 09:20
hello,
et bien, le coup du menage a la dernière minute, c'est juste impensable! ça casse l ambiance,faut vraiment etre en manque pour con,tinuer
Rédigé par: roberta | le 24 octobre 2007 à 10:21
Le ménage de dernière minute ça casse tout je suis d'accord. Bérénice, toute chieuse qu'elle est, a le temps de changer d'avis à peu près 10 fois.
Donc les mecs, mettez vous au ménage, ça vaut le coup.
Article génial, encore une fois missra7or
Rédigé par: sofia | le 24 octobre 2007 à 10:48
C'est clair toujours autant de plaisir à vous lire!
On se retrouve toujours dans (au moins) une des descriptions c'est ça qui est marrant!
Rédigé par: Joss | le 24 octobre 2007 à 11:08
(mmmmrrrpffff m'fait penser que faudrait peut être laver les draps tiens....)
bon article sinon, j'aime beaucoup l'image du type qui se fait embarquer par les flics pendant que la demoiselle reste comme 2 ronds de flanc.
Rédigé par: matt.co.uk | le 24 octobre 2007 à 13:04
Ca arrive aux filles, aussi. Je me souviens d'une fois où mon linge séchait dans la salle de bain, mes petits strings pendouillant en attendant d'être secs... Mouais ! Finalement, faut tjs écouter nos mamans.
Rédigé par: Nina | le 24 octobre 2007 à 13:53
Belle tranche de vie !
Alors tout d'abord le transfert y'a même pas à réflechir, c'est tacos. Non mais. Tous problèmes d'alcool, d'intimité et de place résoulus.
Ensuite pour ce qui est de la propreté de l'appart, pour moi, c'est avant que ça se joue. 19h30, soirée déjà en tête, question : "est-ce que je compte choper ce soir ?". Si "oui", petit round de nettoyage avec le premier Gewurtz en écoutant les Chemical Brithers pour se mettre dans l'ambiance tout en préparant le terrain. Si "non". Bin voilà, au moins c'est décidé avant, je ne drague pas ce soir comme ça je suis sûr de ne pas ramener quequ'un...
Oui je sais c'est une excuse à deux balles mais un bon prétexte quand même quand on me demande si j'ai "pécho" à la soirée... "oh non tu sais, j'avais pas rangé mon apprt alors je l'ai fait relax hier soir...". lol
Rédigé par: shywhiteshark | le 24 octobre 2007 à 13:58
J'en rigole encore, que ce soit l'odeur de bouffe qui traine encore au passage vers la salle de bain de dernière minute pour virer la "trace de ski", priceless !
Dans l'attente, Bérénice reste plutôt dans le vestibule de l'appartement (fermé à clé, avec la clé dans notre poche) non ? Parce que sinon c'est vrai que dehors elle a 20 fois le temps de se dire qu'"en fait c'est peut être pas une bonne idée tu sais, je vais prendre un taxi, on s'appelle ?!".
Dans la catégorie rangement de dernière minute, il est aussi impressionnant de se rendre compte de ce que peut contenir un évier comme vaisselle sale lorsque l'on procède à un nettoyage d'urgence.
Rédigé par: Pat | le 24 octobre 2007 à 14:35
l'avantage de la colloc c'est que même si on retrouve la table basse recouverte de cannettes de bières, de cendriers qui débordent et les bouteilles vides sous le canapé, et qu'on le savait pertinemment vu qu'on a participé grandement au souk, on peut toujours la jouer "ah putain les collocs ils abusent!".
Rédigé par: matt.co.uk | le 24 octobre 2007 à 15:03
J'aime pas le ménage, et c'est toujours mieux décoré/rangé chez les nanas, la nature est si bien faite.
Rédigé par: Brg | le 24 octobre 2007 à 15:23
C'est en partie à cause de ta description que je ferais toujours partie des rares nanas à dire direct "Chez toi"... ;)
J'ai vraiment bien rit à article!
Rédigé par: *lys* | le 24 octobre 2007 à 15:57
Y a pas idée de penser à sa mère dans de pareilles circonstances.
Rédigé par: So Long | le 24 octobre 2007 à 22:15
@Nina
Je pense qu'il faut mieux être dans ton cas avec les petits strings qui pendent plutôt que d'avoir à ranger tout l'appart à la dernière minute.
A mon avis, on a tous autre chose à faire en rentrant accompagné que de ranger.
Rédigé par: Fabs | le 24 octobre 2007 à 23:22
C'est justement pourquoi je préfère finir chez moi - à moins que je ne veuille pas que le gars sache où j'habite, mais c'est une autre histoire. Le bordel, c'est ok, mais la crasse d'un gars que tu connais à peine, y'a rien qui me coupe pareillement.
Rédigé par: M'dame Jo | le 25 octobre 2007 à 16:09
wak beurk à vomir y des mecs qui pensent qu'on va pas se rendre compte de l'odeur de putréfaction caché sous une vulgaire audeur de fleur de lotus ??!!! Un chiotte géant moi c'est bon je prend direct le taxi discretement et laisse le mec finir le ménage ben écoute à priori ca sera ca de pris pour lui pour la nuit prochaine !!!
Ceci étant dit .. perso pas prête d'aller chez qqu ou de rammnener le prem'soir! Il insiste ou te rappel pas .. et ben c'est vraiment que t as rien perdu!
Rédigé par: Delphine | le 03 novembre 2007 à 15:18