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10 juillet 2007

Libéralisme relationnel

LibeJ’ai rencontré miss Miaou sur internet. Du mail on est vite passés au MSN. Là, très bons moments, on riait, on se chauffait aussi un peu, bref, on a commencé à s’apprécier. Le piège avec ce genre de situation est d’idéaliser la personne en restant des mois en face d’un écran. Nous avons donc décidé de nous rencontrer. Rencontre donc. Une fois. Bien. Deux fois, bing ! Mon CV a dû plaire, l’entretien d’embauche a dû être concluant, me voilà en période d’essai… Vu que le job était plutôt sympa, j’ai pris le parti d’être naturel : gentil mais taquin, timide mais décidé… Les premiers dossiers on été un peu maladroits mais bon je n’avais pas encore parfaitement assimilé la culture de l’entreprise et il fallait que je m’habitue aux nouvelles méthodes. Dans la période d’essai, ce qui compte, c’est la propension à savoir rentrer dans le moule (ouarf…) tout en apportant un truc nouveau : celui pour lequel normalement vous avez été embauché.

Nous le savons tous, et surtout quand on commence à approcher de la trentaine, le marché de la relation sentimentale ou sexuelle ressemble un peu à celui du travail : il faut être flexible sinon c’est le chômage. Il est donc nécessaire de négocier son départ quand on est mis à la porte afin de le transformer en retour potentiel en activité. Démonstration par l’exemple.
 

Préliminaire

Oui, mais pas celui auquel vous pensez ! « je ne préfère pas en parler sur MSN, tu veux venir prendre un café tout à l’heure ? ». Cette phrase a l’effet d’un recommandé avec AR qui signifie l’entretien préliminaire de largage en règle. A défaut de représentant du personnel, je m’amène avec du chocolat éthique pour le café, en espérant faire passer un message. Manque de bol, j’ai surévaluée la qualité de ce put*** de chocolat éthique, fuck… La prochaine fois, je ferai confiance à Kraft et Cie… Après les banalités d’usage, l’entretien préliminaire s’avère en être bien un : elle retrace les faits, expose les raisons pour lesquelles elle ne souhaite pas continuer ce qui, par ailleurs, avait à peine commencé, et envisage un départ à l’amiable… Le plus difficile à encaisser dans les largages en période d’essai c’est quand toutes les raisons viennent de l’employeur et non de l’employé. En gros, elle n’a rien à me reprocher, se « sent bien » avec moi mais « tu sais je ne sais pas, je suis un peu perdue en ce moment, tu comprends, le travail et tout et puis j’ai besoin d’être seule mais tu es super gentil et j’aime bien être avec toi bla bla bla… ». Bref, j’enregistre que mes compétences ne sont pas remises en causes mais qu’elle n’envisage pas une RDI (Relation à Durée Indéterminée). Sans doute à cause d’une visibilité sur l’avenir de la boîte encore trop floue, ce qui met un peu la pression en ce qui concerne les engagements.  De toute façon, je fais partie de cette génération qui ne croit plus aux « DI » de tout genre, et il faut vivre avec son temps… Maintenant, pas de DI, ça ne veut pas forcément dire pas de taf. Surtout quand les prestations semblent plaire à l’employeur…

Négociations : round 1

« Je comprends » est la meilleure des réponses dans ce cas là. Aller au clash, c’est comme aller aux Prud’hommes, ça laisse toujours des traces jamais bonnes pour le futur employeur. Mais si vous en restez là, vous vous êtes fait larguer sans indemnité de départ ni préavis. En gros, bien baisé mais cette fois-ci au sens figuré… De fait, je lui propose une négociation avant d’accepter sa signification de largage. A voir son regard, elle a dû s’imaginer des trucs (on a quand même une sacré réputation à traîner derrière nous comme des boulets les mecs) ; les négociations à la Jeane Manson, c’est pas trop mon style... Je dois balancer sans préliminaire la première proposition pour éviter de passer pour le pervers de service. La première négociation : l’out placement (procédure par laquelle une entreprise s’engage à mettre en œuvre tous les moyens pour vous aider à trouver un nouveau job). « Ecoute, tu as pas mal de copines, tu en as bien des célibataires dans le tas ; vu que tu as l’air de trouver que je suis un gars bien, il y en a bien une qui peut me mériter non ? » (oui, il faut taper fort ;-). Moue dubitative (elle me fait craquer quand elle fait cette moue-la), quelques bégaiements, un ou deux « euh… », je coupe vite la négociation en arguant un conflit d’intérêt salutaire ni pour elle, ni pour moi, ni pour ses copines (quoique si je réussis à m’en faire une après elle, le reste devrait suivre, je passerais pour un mec facile… et alors ? :-))). Enfin bref, pas trop possible l’out placement.

L’argument qui tue : la flexibilité

Son discours n’est pas très clair, j’essaye de reformuler. En gros, ne connaissant pas l’évolution du carnet de commande à venir elle ne peut pas me proposer une RDI mais elle apprécie les prestations. Elle ne souhaite pas faire de fausses promesses et me mettre dans la première brouette de licenciement émotionnel vu que je suis un élément qui ne mérite pas un tel traitement. Une solution s’impose donc à mes yeux : le free lance. Pour ceux qui ne connaissent pas, c’est en gros comme un intermittent : on t’appelle quand on a besoin de toi. Je propose donc la solution. Je lui dis que je comprends, ayant moi-même l’esprit entrepreneurial et connaissant les fluctuations du marché, arguant même que je n’étais pas sûr de signer la RDI à la fin de la période d’essai. L’avantage dans ce genre de négociation, c’est que le patron culpabilise un peu vu que vous êtes complètement compréhensif et que vous lui proposez la solution qui l’arrange le mieux, quitte de votre côté à faire des sacrifices. Et un boss qui culpabilise, c’est toujours bon pour les négociations le jour où il vous rappelle et qu’il a besoin de vous…

Bref, j’étais convoqué pour un largage en bonne et due forme et je me retrouve avec un contrat qui stipule que j’ai pas mal de chance d’être appelé de temps en temps pour remplir une mission câline ou coquine… Certes, elle n’a pas pu me garantir la RMI (Relation au Minimum Investie), mais le propre du free lance, c’est de ne pas avoir de clause d’exclusivité et de pouvoir enchaîner les missions avec différents employeurs sans obligation ni aucun état d’âme… et quand ça marche bien, c’est au plus offrant. De plus, un free lance, on l’appelle quand on a un vrai besoin, et vu ce qu’il nécessite en investissement, à chaque fois, on l’exploite au maximum… héhé ! Enfin, quand un employeur multiplie les missions avec le même free lance, il s’y attache. Et le jour où il apprend que le free lance est en pour parler pour un RDI avec un concurrent sérieux et bien placé, les contrats se négocient à grands coups de déclarations ! Ca vaut le coup, non ?

Voilà, il ne me reste plus qu’à allez réactualiser mon CV sur des sites de recrutement adéquats et à le déposer dans les fast food émotionnels genre bars et boîtes de nuit. Les gars, que pouvez-vous m’enseigner pour que, la prochaine fois, je négocie encore mieux le départ ?
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Voici les sites qui parlent de Libéralisme relationnel:

Commentaires

et bien un superbe article encore une fois, et de plus pour mes 20 bougies! merci a vous tous de nous faire rire et sourir des le matin au boulot ;)

pour la negociation, montres lui d'ou te vient ce surnom "langue de velour"...

(ps: je suis en qwerty au travail donc pas d'accents...)

bastien

sympathique la comparaison avec le job et la recherche d'emploi.. par contre dommage que l'article comprenne pas mal de fautes d'orthographe

Toujours aussi mordant et plein d'humour. Dommage en effet pour les fautes d'orthographe.

Magnifique!!! Peut être qu'au départ tu peux subtilement évoquer un treizieme mois ou une p'tite prime de noel... Quoi que suivant la date d'embauche ça peut être long, va pour la main au panier repas...

c'est l'extension du domaine de la lutte, houellebecq en a deja parlé, en plus long et en plus déprimé, certes.

La freelance est véritablement un phénomène a la mode ... tant que le téléphone a de la batterie !

désolé pour les fautes, rédigé trop rapidement... pardon, pardon, pardon, j'ai honte :-(


bastien> bon anniversaire !

gizmaye> mdr la "main au panier repas" ! maintenant à creuser dans la négo : à chaque câlin, tu me fais un petit plat après ! :-)

houaaaaa, je fais du Houellebecq, la classe ;-)

Enorme cet article, j'ai beaucoup apprécié cette comparaison !

Je remarque que les demoiselles pour une fois commentent assez peu l'article. Peut-être parce qu'il vise juste ? ;-)

Laisse nous le temps d'arriver mazzyfred ;)

Je suis baba, super article, vraiment très bien écrit et hurlant de vérité (oui, criant c'était pas assez fort comme mot).
Belle comparaison avec le monde du travail, subtil et très drôle.
Bravo.

Tout à fait, je pense qu'il vise juste... Dommage que pour nous, ça ne marche pas dans le sens inverse, quand on accepte le free lance, il ne faut JAMAIS espérer une RDI.

Je pense néanmoins -ceci est très loin d'être une critique, hein?!- que le ton n'est pas franchement assez désespéré/frustré pour être comparable à l'Extension. Pour le côté cyniquo-humoristique, oui, pour le soupçon de poésie, aussi. Mais Shywhiteshark est encore trop optimiste dans son style.

Et puis à tous ceux qui critiquent les phôttes dhaurtograffe, c'est bon, c'est pas non-plus comme si c'était écrit en langage sms... hein?

Excellent dans la forme (vachtement bien écrit) et dans le fond (tout est vrai)
Ya rien à ajouter...bravo

Sans faire de conclusions hâtives, ça voudrait donc dire que les petits emplois à temps partiels, vous, les mecs, vous êtes plutôt pour?...

Tiens, t'es redevenu timide?? ;)

Sinon, cet article me donne une troublante sensation de déjà vu. Ah ben oui, j'ai vécu exactement la même chose. Convocation autour d'un thé (sauf que j'avais pas compris que c'était un entretien de licenciement), un "c pas toi, c moi, mais toi, t'es géniale" et voilà. Sauf que, drapée dans mon ego, j'ai pas renégocié. Une fille géniale comme moi mérite un DI! ;)

ams>j'espère ne jamais être désespéré !!! shy oui, mais fun !

ams encore> les fautes, c'est impardonnable !

nina> l'ai tjrs été, ça avait disparu sais pas pourquoi !

pour la DI, moi aussi je l'attends, elle viendra bien un jour... mais comme dirait patapon : ou pas... ;-)

maintenant entre nous, le free lance, ça a du bon aussi ! missions variées, profils différents, voire même deux missions à la fois sans trop poser de pb... ça a du bon...

Ca me rappelle la conversation téléphonique de rupture que j'ai eu avec mon ex sauf que là, j'étais l'employé sur la sellette parce que l'employeur n'était plus très sûr d'aimer mes services. Je pense qu'il ne supportait pas le service de travail à distance (on n'habitait pas à côté). mdrr

De manière générale, j'aime beaucoup les articles de Shywhiteshark. Il sait captiver l'attention du lecteur.


Pour AMS: L'article aurait été encore plus magistral sans les fautes d'orthographe. Voilà pourquoi on lui fait autant la remarque. loo

effectivement shywhiteshark,mais dans l'immediat ne penses pas à un cdi,les employeurs prefèrent attendre septembre pour recruter.
En revanche ,trouves-toi plutot un bon job d'été .Voire plusieurs,pour garder le rythme:soit à la plage(après avoir suivi les consignes d'hier),soit en boite où on recrute beaucoup l'été,ou n'importe où:meme dans la rue (en presentant une candidature spontanée),n'attends pas les offres.
Par contre c'est vrai que,bien souvent,nous sommes exploités au max (contrats précaires,licenciements sans préavis,manque d'hygiène....).Mais en ce cas,prends-le comme une experience.

Le free lance n'est pas toujours rentable parfois il faut savoir prendre du mi temps afin de ne pas perdre la main et progresser, en ce moment je bosse pour une boite dont la patronne à moins d'expérience que moi, c'est un CDD, j'ai les employeuses qui tape aux portillons et qui sont pretes à me dérouler le tapis rouge, comment choisir ??? Dois je enchainer les periodes d'essais?? Et que vais je faire si la patronne à vouloir prolonger le CDD en CDI?

A CiscoShow: trop dur la vie...

Et quid des CNE et autres intérims?

Toujours aussi excellent Shy

Bien joué la comparaison avec un job dans une entreprise :-)

Effectivement, tu sais captiver l'attention !
Chapeau bas ;)

Toujours Enorme ... du GRAND ra7or quoi ^^.
MODE: FREELANCE ONLY. pour l'été...

c génial ! t'écris que tu t'es fait largué quasi comme une merde et tout le monde te dis que tu le racontes vachement bien ! mdr !!!

eh les gars et les filles, vu que du coup je suis en free lance, un peu de boulot pour l'été m'aidera à passer le cap avant les recrutements de la rentrée ! faites chauffer votre carnet d'adresses et à vot' bon coeur ;-)

Shy> Ca dépend, tu cherches dans quel type de boîte? Une idée, ou tu es prêt à prendre toutes les offres qui se présentent?

ams>disons que je suis prêt à "étudier toute proposition entrant dans mon domaine de compétence" ;-)

Shy> Arf... Bah sans CV, il est difficile d'évaluer ton domaine de compétence... Et du coup, de te pistonner vers une DRH qui pourrait justement rechercher un profil comme le tien...
C'est dommage, parce que il y a moultes boîtes sur Paris qui manquent de personnel....Même si la plupart du temps, histoire de monter les enchères lors de l'embauche, elles font croire que non.

[Franchement, trèèèèèèèèèèèèèèèèèèèès bien trouvée la métaphore (^_^) ]

ams>du coup j'ai un doute... on parle de la même chose ? lol

Shy> Mmmmm... de copain(s) (resp. copine(s)) de cul?

ams> lol, ouf, je croyais que tu allais m'envoyer chez Manpower ! mdr !! ;-))

Aaaaaaaaaaaaaaaaah les plaisirs de se laisser emporter dans une métaphore filée-qu'on-sait-plus-bien-ce-qu'elle-veut-dire-à-la-fin...

(^_^)

(désolée)

Aaaaaaaaaaaaaaah les plaisirs de se laisser emporter. point. :-)))

shy,se retrouver au chomage technique n'a rien d'amusant en effet.
Mais tu aurais quand meme pu te mefier:les propositions d'emploi sur le net reservent svt des surprises...
pour mon cas personnel j'ai tenté ma chance à l'etranger et mes competences sont très
apréciées.Il y a beaucoup de postes vacants,je fais meme regulièrement des extras.Le savoir-faire français est reconnu en ce domaine.De meme j'ai trouvé des ressources en moi insoupçonnées,grace aux coutumes locales.
n'hésites donc pas ,si l'opportunité se présente ,à aller decouvrir d'autres langues...
(ok ,un peu tiré par les cheveux la chute)...

Excellentissime style ;)

La flexisécurité est donc à l'honneur en ces temps troublés ? Attention à ne pas se retrouver à écumer les Monster et Keljob des sentiments, là ça devient dur...

je découvre le blog, très sympa comme post !!!
euh... j'suis au chômage en ce moment ;-)

comme dab, excellent !

(oui je commente tard, j'ai plus d'une semaine de retard ds mes lectures... :p)

merci tiwan :-)

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